Qu'est-ce que j'peux faire, j'sais pas quoi faire

“Qu’est-ce que j’peux faire,
j’sais pas quoi faire...”

BORIS ACHOUR•FRANÇIS ALŸS•BERTRAN BERRENGER•CLAUDE CATTELAIN•JOËL HUBAUT
ARNAUD LABELLE-ROJOUX•LAURENCE NICOLA•ETIENNE PRESSAGER•JULIEN PRÉVIEUX
PIERRICK SORIN•DANIEL SPOERRI•NICOLAS TOURTE•JEAN-LUC VERNA•BARBARA VISSER

Commissariat : Bernard Lallemand

Exposition visible du 13 mars au 23 mai 2015
du mercredi au samedi de 14h à 19h ou sur rendez-vous

Exposition réalisée avec le concours du Frac Nord - Pas de Calais
et La collection d'art contemporain du département de la Seine-Saint-Denis

Il arrive comme Anna Karina dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard que les artistes n’aient pas la moindre idée de ce qu’ils vont faire en entrant dans leur atelier.
Il ne s’agit pas de l’angoisse de la feuille blanche propre aux écrivains mais plutôt d’une vacuité de l’esprit.
Une indétermination des gestes à accomplir les envahit, comme s’ils avaient déjà tout expérimenté, tout réalisé. Une forme d’épuisement de l’intention les submerge.
Le paradoxe c’est que cette béance va quelquefois générer une création. Ils peuvent dans l’aléatoire le plus total manipuler des matériaux ou des objets, laisser une trace de pinceau sur une toile, ou un trait de crayon sur du papier, prendre une photo d’un détail “sans qualité” de leur environnement etc...
Ces actes se font sans idée préalable, sans intention, s’inscrivent dans un espace où le discours est absent.
Le résultat de ce “désoeuvrement actif” est souvent incongru et sans rapport avec leurs productions précédentes. Même si les médiums restent parfois ceux utilisés habituellement par l’artiste, le résultat lui parait venir d’ailleurs. Il arrive même que certains artistes ne revendiquent pas cette production saugrenue comme si elle leur était étrangère.
Qu’en est-il du statut de ces créations ? Sont-elles oeuvres à part entière ? Des incidents de parcours, des lapsus artistiques ?
En réalité ces gestes constituent des éléments importants d’un puzzle complexe qui remet en cause les conventions discursives de la création. On pense ici au système rhizomique cher à Deleuze et Guattari qui a influencé de nombreux plasticiens actuels.
Si toutes les oeuvres présentées dans cette exposition ne s’apparentent pas à l’indéterminé, elles nous révèlent une grande maitrise artistique du “n’importe quoi” (1). Leur étrangeté n’est pas ici inquiétante, elle laisse juste affleurer la poésie du “presque rien” et nous permet d’explorer les frontières de la création artistique.
Bernard Lallemand
(1) Pablo Picasso ne fut pas le dernier à les servir, lorsque, dans le film de Clouzot où on le voit au travail (Le Mystère Picasso), il répondit au réalisateur qui lui demandait « Qu’est-ce que tu fais maintenant ? » : « N’importe quoi, comme d’habitude. »