ARCHIVES 2017

MARS : LES MONDES PARALLELES

CHRISTOPHE CARDONA

 

Les ambidextres naturels sont rares. Il s’agit souvent d’un apprentissage, notamment pour les gauchers contrariés, ou quand l’ambidextre fait suite au handicap de l’une des deux mains.

C’est le cas pour Christophe Cardona qui dû s’entraîner à écrire de la main gauche à la suite d’un accident. L’usage de la main droite revenu, il a poursuivi volontairement cette pratique en l’appliquant à sa création artistique.

Dessiner et écrire des deux mains simultanément deux textes différents constitue une expérience graphique singulière (1) qui nécessite un entrainement régulier. Il faut muscler la main en action et solliciter l’hémisphère droit et gauche du cerveau conjointement.

Christophe Cardona a commencé ce travail en 1993 et le poursuit aujourd’hui sous la forme de carnets de notes, de collages, de dessins et de performances.

Ces textes, constitués de réflexions philosophiques, scientifiques ou historiques, s’articulent comme une suite de collages et de dessins. Ils ressemblent à un « mille-feuilles » de pensées simultanées présentes dans son cerveau et qui s’expriment sans aucune hiérarchie.

On pourrait parler de Christophe Cardonna comme d’un écrivain qui dessine ses textes plus qu’il ne les écrit, ou d’un dessinateur qui écrit ses dessins plus qu’il ne les dessine. En travaillant simultanément des deux mains, il double la surface des possibles graphiques et met en forme l’instabilité de l’esprit dans une chorégraphie exigeante où l’équilibre du corps est convoqué.

Bernard Lallemand

 

(1) On peut citer d’illustres prédécesseurs comme Léonard de Vinci ou Michel Ange, mais ceux-ci toutefois n’utilisaient pas la simultanéité.

 

 

VINCENT HERLEMONT

 

L’œuvre que présente Vincent Herlemont à été réalisée par des élèves de classes lycéennes dont il était le professeur d’arts plastiques.

Le travail demandé était de reproduire le plus fidèlement possible une page de cahier scolaire composée de lignes et de carreaux avec l’indication d’une marge. Il s’agit de la grille créée en 1892 par Jean-Alexandre Séyès. Cet exercice surprend par son austérité picturale qui laisse peu de place à l’interprétation ou à la fantaisie.

A regarder les résultats, on s’aperçoit de l’extrême diversité des représentations. En écho à cette expérience, nous constatons que bien sûr que nous ne percevons pas la réalité de la même façon et qu’il est pratiquement impossible de reproduire manuellement avec précision un objet technique réalisé industriellement.

Le modèle imprimé de la réglure Séyès n’est que le support potentiel à une écriture et les représentations sont des dessins dont les irrégularités se rapprochent in fine de celles de l’écriture manuelle elle-même.

Chaque dessin devient une interprétation de la réalité dans laquelle, comme pour l’écriture elle-même, apparaît la singularité de son auteur. Les réglures s’apparentent plus ici aux cordes d’une guitare que l’on fait vibrer qu’a une portée musicale. Ces «parallèles » tracent sur le papier un espace entre le visible et le sensible.

L’artiste, en concevant cette expérience, se positionne comme le metteur en scène de ces sensibilités qui mettent en abîme le cadre formaté de l’écriture scolaire. Un support qui contraint celle-ci à se tenir droite, à ne pas déborder, à se conformer à une volumétrie préétablie.

Selon un protocole qu’il a lui-même défini, Vincent Herlemont, utilise les « œuvres » dessinées par les élèves comme un matériau. On pourrait parler alors d’une esthétique de la post-production (1) dont il serait le réalisateur.

 

(1) Voir Post production, Nicolas Bourriaud Les Presses du réel.

MAI : ELLE AIME TOI YEAH YEAH YEAH

 

A voir et à penser.

 

 

À la frontière entre l’Art et de l’idiotie, il existe un territoire, c’est celui d’Arnaud Labelle-Rojoux. Artiste plasticien, écrivain et théoricien de l’Art il a nommé lui-même ce territoire dans un livre : L’Art parodic publié en 1996.

 

Ces réalisations s’inscrivent dans une tradition iconoclaste, irrévérencieuse voire subversive de la création artistique. Elles se rapprochent des mouvements artistiques du XXe tels que Dada (1) ou Fluxus (2).

 

Arnaud Labelle-Rojoux qui se dit «artiste de variétés», pratique plusieurs disciplines artistiques : le dessin, la peinture, le collage, la sculpture, l’écriture, la performance...

Il emprunte souvent des images et des objets provenant la culture «populaire». Il les utilise à la fois comme matériau et comme référence, assez loin de l’usage qu’en faisait le Pop Art d’Andy Warhol, car Arnaud Labelle-Rojoux a un goût prononcé pour le parasitage et l’absurde. Ses aphorismes et ses calembours sont dignes de l’Almanach Vermot. Quant à ses sculptures elles s’émancipent du bon goût avec jubilation .

 

En faisant l’éloge du ridicule, du ratage et du grotesque, Arnaud Labelle-Rojoux semble faire un bras d’honneur au sérieux pontifiant du bon goût institutionnel prisonnier de son formatage académique.

 

Les dispositifs de l’artiste prennent la forme d’un bric à brac, sorte de vide-grenier dans lesquels nous cherchons vainement l’esquisse d’une narration ou d’un chemin tant ceux-ci restent obscurs.

 

Ce désordre apparent cache en réalité une grande rigueur plastique et intellectuelle. A travers les différents médiums utilisés par l’artiste on voit s’affirmer un style pictural qui lui est propre. C’est particulièrement le cas dans ses aphorismes où le style graphique de son écriture est très identifiable comme l’est celui de Ben Vautier (3) dans ses phrases.

 

A la frontière du loufoque et du désuet l’œuvre d’Arnaud Labelle-Rojoux déploie une poésie iconoclaste d’où il émane un parfum kitsch et suranné.

 

Bernard Lallemand

 

 

(1) Le mouvement dada ou dadaïsme est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique du début du XXᵉ siècle, qui se caractérise par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques.

 

(2) Le but avoué de ce mouvement artistique était de supprimer toutes frontières entre l'art et la vie : tout est art. Les œuvres Fluxus ne sont pas formelles, ni esthétisées, et ne sont pas même considérées comme des œuvres. L'accent est également mis sur la mise en scène du banal, du quotidien, de tout ce qui ne serait pas de l'art : on ne crée par un « art beau » mais on met en œuvre un style de vie.

 

(3) Ben Vautier dit Ben est un artiste qui appartient à la mouvance Fluxus dès les années 60. Sa boutique ainsi que ses phrases l’ont rendu célèbre. Ses écritures peintes le plus souvent au pinceau, en blanc sur noir sont des messages humoristiques ou sarcastiques, des maximes ou des pensées dans lesquelles chacun peut se reconnaître. Son humour aide à poétiser la vie qui nous entoure et à poser un regard neuf sur elle.

 

NOVEMBRE : ON AIR

ON AIR

Exposition en hommage à Jean-Luc Poivret à partir de la collection de Joëlle et Bernard Descamps

 

Bernard Descamps découvre l’Art contemporain à l’âge de 18 ans. C’est lors de la visite d’une exposition de Jean-Pierre Raynaud en 1968 que lui vient cet intérêt. Il se passe alors quelque chose qui l’interpelle au delà de la raison et de l’émotion. Depuis ce jour il collectionne, d’abord les revues, les livres puis les œuvres d’Art en suivant ses goûts et ses moyens. Sa collection constitue un parcours ponctué de «coups de cœur», de rencontres et d’amitiés.

Car Bernard Descamps ne se se contente pas d’acquérir des œuvres pour les accrocher sur ses murs. Elles sont aussi un prétexte à la rencontre avec leurs auteurs.

L’une des rencontres les plus significative, après celle de Jean-Pierre Raynaud, fût celle de Jean-Luc Poivret. Le nombre d’œuvres présentes dans la collection est important et témoigne d’un réel soutien envers le peintre.

La rencontre avec ce travail eut lieu en 1987 au Musée d’Art contemporain de Dunkerque lors d’une exposition de Jean-Luc Poivret «A et rien». Quelques temps plus tard, Bernard Descamps achète une œuvre de l’artiste et fait sa connaissance. Ce dernier enseignait à l’Ecole des Beaux-Arts de Dunkerque, ville où Bernard Descamps était établi comme médecin.

Cette rencontre marque le début d’une longue amitié entre le collectionneur mécène et l’artiste, et fut ponctuée de nombreux débats.

Bernard Descamps dit avoir été touché par la poésie de l’œuvre de Jean-Luc Poivret.

Victor Hugo disait qu’un poète est un monde enfermé dans un homme. Le monde de Jean-Luc Poivret est assurément aérien lié à ses souvenirs d’enfance près des plages du débarquement en Normandie où en 1956 on trouvait encore des vestiges militaires et dans l’arrière pays des ailes d’avion dans les haies du bocage.

Les éléments d’avions qu’utilisaient l’artiste sont en réalité devenus des formes célibataires détournées de leur valeur d’usage pour devenir le support d’un geste pictural.

Jean-Luc Poivret dénie à ces formes la réalité de leur volume et donc leur état de sculpture, pour ne les considérer que comme les surfaces d’un tableau qu’il ne peint que sur une seule face.

Le geste pictural évolue de l’abstraction au figuratif suivant les périodes. D’abord emprunt au minimalisme américain, il finira par un répertoire anecdotique lié en grande partie au culinaire (casseroles, saucières, assiettes, cuillères, millefeuilles, camemberts, rôtis, côtelettes etc..) qu’il justifie par des théories scientifiques approximatives sur l’aéronautique (La théorie du millefeuille par exemple).

Les titres de ses réalisations donnent à son travail un aspect fictionnel. Sa liste de machines pneumatiques (Machine pour pénétrer la matière invisible, Machine pour Métaphysicien pressé...) ne nous renseigne en rien sur le sujet réel de sa peinture.

Il nous faudra considérer ce travail comme un procédé d’association poétique entre une archéologie métallique de l’avion et le désir de peindre. Le monde de Jean-Luc Poivret est constitué de l’alchimie d’une mémoire lointaine et récente, d’un goût prononcé pour les mots, d’un intérêt certain pour l’aéronautique, d’une maitrise de la couleur et d’une jubilation à peindre.

In fine, le processus créatif accouche d’une réalité surprenante qui est tout à la fois un matériau autant qu’un objet. Jean-Luc Poivret citait volontiers le peintre américain Robert Raushenberg pour sa pratique plutôt que les ready-made de Marcel Duchamp.

Mais c’est sans doute vers une vision post-moderne du ready-made qu’il faudrait s’orienter. Un détournement du détournement en quelque sorte.

Jean-Luc Poivret s’est finalement envolé un jour de juin 2017, tel un ange aux ailes d’acier.

 

Bernard Lallemand

Ateliers de pratiques artistiques autour de l'exposition , groupe mixte dans l'atelier de Frontière$ à Hellemmes

 

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